Comme dans cet Univers sans queue ni tête,
avec trous noirs et blanches comètes,
quelque chose, quelque part, est absent.
Nous, dans le même temps,
unis par un même oracle qui nous dépasse, nous dévore,
pendant qu’ailleurs se corrompt et s’amasse l’argent
des mille et un pénitents.
Nous, dans le même temps,
insouciants et bavards, nous multiplions
les peuples ignorants,
parqués comme denrées périssables,
esclaves d’aujourd’hui, qui se perpétueront demain.
Quelle amoureuse de la vie dira ce qu’il faudra de bombes
pour satisfaire les dieux intelligents
qui nous ont fait croire tout-puissants ?
Comme dans cette forêt brûlée, avec cendres et silence,
quelque chose, quelque part, est absent.
Nous, dans le même temps, unis par le même cauchemar,
qui nous ruine et nous condamne pendant qu’ailleurs
s’étalent les parkings et super bazars des mille et un pénitents.
Nous, joyeux et impuissants, voyageurs du même temps,
dilapidant et saccageant les petites vertus d’aujourd’hui,
qui n’écloront pas demain.
Quel enfant sage hurlera ce qu’il faut de sacrifices
pour rassasier les dieux sanguinaires qui,
de leurs fidèles ont fait les pires apôtres ?
Comme dans ces villes en noir et blanc,
avec leurs façades d’antan, quelque chose, quelque part, est absent.
Nous, dans le même temps, unis par un même hasard
qui consume et ravage, pendant qu’ailleurs le bitume
engloutit l’horizon des mille et un pénitents.
Nous, baignant dans la même sève,
vulnérable et innocente, tandis que l’on pille,
qu’on prépare l’autel d’El Dorado aujourd’hui,
l’enfer de demain.
Quel martyr, quel prophète d’apocalypse révélera
ce qu’il faut de désespoir pour contenter
les dieux arrogants, afin qu’ils cessent de nous duper ?
Comme dans ces écoles pour futurs marchands,
lignes droites et faux sourires, quelque chose, quelque part, est absent.
Nous, dans le même temps, unis par un même destin
qui nous dépasse, nous dévore, pendant qu’ailleurs
les pauvres comptent mille et un pénitents.
Nous, corrompus et mercenaires,
dans le même temps, volontaires et inconscients,
supprimant, mettant en réserve la bonne graine d’aujourd’hui,
l’ivraie pour demain.
Quel comptable insolite additionnera ce qu’il faudra
d’hécatombes pour abolir les dieux envahissants,
depuis toujours aux abonnés absents ?
La Terre nous dira ce qu’il nous manque,
comment l’Univers se fout pas mal de ça,
qu’il ne tient compte d’aucun « élu ».
Comme les autres, nous connaîtrons l’âge
des remords et des supplications.
Alors, plus de nobles ni de saints à implorer.
On sanglotera, on suera
sous les certitudes et les oriflammes,
On se pressera de recommencer tout à zéro,
de recommencer jusqu’à zéro